Charles Taylor

Charles Margrave Taylor, C.C., Ph.D., M.A., B.A., FRSC (5 novembre 1931, Montréal), est un philosophe québécois d’expression anglaise.

Il est professeur émérite de science politique et de philosophie à l’Université McGill (Montréal) où il a enseigné de 1961 à 1997[1]. Sa réflexion se situe au carrefour de nombreux courants de pensée et disciplines : la philosophie analytique, la phénoménologie, l’herméneutique, la philosophie morale, l’anthropologie, la sociologie, la politique et l’histoire. Cette variété de thèmes est abordée selon une constante continuité d’inspiration et de style[2]. Ses écrits sont traduits aujourd’hui en plus de 20 langues.

En 2007, il est nommé coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles (CCPARDC, dite « Commission Bouchard-Taylor ») avec le sociologue et historien Gérard Bouchard par le gouvernement Charest.

Né d’un père anglophone et d’une mère francophone, Charles Taylor a étudié à l’Université McGill (baccalauréat en histoire en 1952) et à l’Université d’Oxford (baccalauréat en sciences politiques, philosophie et économie en 1955). Il obtient une maîtrise en 1960 et un doctorat en 1961[3]. Sa soeur est Gretta Chambers, journaliste et ex-chancelière de l’Université McGill[4].

À Oxford, bastion de la philosophie analytique, Taylor travaille sous la direction du philosophe Isaiah Berlin[1]. Il s’intéresse également à la philosophie du langage ordinaire de John Austin et aux travaux du dernier Wittgenstein. Loin d’être de stricte obédience analytique, Taylor s’intéresse également à Merleau-Ponty (en particulier à la Phénoménologie de la perception) et à Heidegger. Son premier ouvrage, issu de la rencontre de ces deux traditions (philosophie analytique et philosophie dite « continentale »), porte sur la philosophie de l’action (The Explanation of Behavior, 1964). Cet première contribution qui s’inspire aussi de la réflexion d’Elisabeth Anscombe sur l’intention préfigure les travaux de Donald Davidson sur l’« agentivité » ou encore ceux de Pierre Livet et de Pascal Engel.

À cette période analytique succèdent une série d’articles sur la psychologie cognitive, sur la théorie du langage, sur la signification et sur l’interprétation. C’est toutefois à la philosophie de Hegel que Taylor consacre ses prochains ouvrages. Par la suite, il se consacre surtout à l’éthique à travers, notamment, les concepts de reconnaissance et de multiculturalisme. Cette partie de son œuvre passe également par une réflexion sur l’identité et la communauté dont l’exemple québécois (les « deux solitudes ») constitue pour Taylor l’un des paradigmes les plus significatifs.

Ses enquêtes le conduisent ensuite à mener de vastes enquêtes sur la question de la modernité et des problèmes qu’elle pose à une époque qui voit naître le postmodernisme avec ce qu’il comporte de relativisme culturel et de pessimisme.

Il a participé aux conférences du Mind and Life Institute, qui a pour but de promouvoir un dialogue entre la science et le bouddhisme.

Dans Sources of the Self, Taylor entreprend une vaste recherche philosophico-historique sur le « moi » occidental à travers les diverses configurations dont il fait l’objet à l’époque moderne. Cette enquête sur la modernité — avec ce qu’elle comporte de conflictualité — porte notamment sur l’éclatement des identités à travers le processus de sécularisation (ou plus largement le « désenchantement du monde »), la généralisation de la « vie ordinaire », les conceptions divergentes de l’idée de nature, la multiplication des discours moraux et le phénomène du modernisme et des avant-gardes artistiques.

Cette hétérogénéité est pourtant constitutive d’une identité, d’un mode de vie dont nous sommes les héritiers quoi qu’en disent les penseurs « postmodernes » qui appréhendent le monde contemporain dans l’optique d’une rupture, d’un épuisement des discours de légitimation (idéologies). Malgré l’épuisement des « grands récits » un humanisme « exclusif » (c’est-à-dire sans référence à une transcendance, donc sécularisé) subsiste à travers la vie culturelle, sociale ou politique.

La crise de légitimation entraîne un passage de la conciliation des identités à travers l’idéologie (qui correspond à première phase de la modernité) à une exigence de reconnaissance intersubjective des identités. Du discursif, du culturel, du politique, on passe à un niveau moral, c’est-à-dire pratique. Les différences, les égalités, les cultures ou les nations sont trop souvent enfermées dans des cadres formels ; les identités (et la modernité elle-même) ne peuvent être comprises de façon unitaire et ne répondent pas à une définition, à des valeurs et des principes stables. C’est pourquoi la question de la reconnaissance s’impose pour légitimer les conduites et leur donner un sens qu’il faut renouveler constamment en se posant la question de l’universalisme.

Face à la tentation communautariste (de repli relatif), Charles Taylor défend l’universalisme, avec toutes les difficultés que cela représente :

* tant pour l’individu moderne qui doit échapper au piège de l’hédonisme qui fabrique des différenciations tribales en quelque sorte, sans véritable « originalisation »,
* que pour un peuple, une nation, une communauté qui doit faire face au double enjeu d’éviter l’écueil du repli identitaire et de garder son originalité.

Charles Taylor était candidat pour le Nouveau Parti démocratique aux élections canadiennes fédérales de 1962, 1963, 1965 et 1968. À ses trois premières élections, il se présente au comté électoral de Mont-Royal. En 1965 il se place deuxième contre le futur premier ministre Pierre-Elliott Trudeau. À son quatrième et dernier essai en 1968 il se présente au comté de Dollard et termine deuxième de nouveau.

Dans les débats éthico-politiques actuels, Taylor est souvent présenté comme un penseur représentatif du « communautarisme », bien qu’il n’ait jamais revendiqué pour lui-même un tel positionnement. En effet, l’œuvre de Taylor est d’une variété telle qu’elle se situe en dehors de toute école et ne saurait se laisser réduire à une dénomination stricte. N’hésitant pas à se réclamer à la fois de Wittgenstein, de Austin, de Merleau-Ponty, de Weber, de Durkheim, de Tocqueville et de l’École de Francfort, Taylor maintient — malgré l’étonnante diversité (et l’apparente irréconciliabilité) de ces influences — une continuité thématique et une cohérence qui tient à son souci de mettre en dialogue les disciplines et de décloisonner les savoirs.

Charles Taylor a reçu le prix Prix Templeton en 2007.

Il a co-présidé avec le sociologue et historien Gérard Bouchard une commission sur les « accommodements raisonnables » au Québec (Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles, CCPARDC) de septembre 2007 jusqu’en mars 2008.

(source : wikipedia)

The history of american secularism

Publications

# 1964 : (en) The Explanation of Behaviour, Routledge and Kegan Paul, Londres.
# 1975 : (en) Hegel, Cambridge University Press.
# 1979 : (en) Hegel and Modern Society, Cambridge University Press.
# 1979 : (en) Social Theory as Practice, Oxford University Press, Delhi.
# 1985 : (en) Human Agency and Language, Philosophical Papers 1, Cambridge University Press.
# 1985 : (en) Philosophy and the Human Sciences, Philosophical Papers 2, Cambridge University Press.
# 1989 : (en) Source of the Self: The Making of the Modern Identity, Harvard University Press. (fr) Les sources du moi. La formation de l’identité moderne, Paris, Éditions du Seuil, 1998.
# 1991 : (en) The Malaise of Modernity, Toronto, Anansi (ouvrage tiré de conférences radiophoniques: « The Massey Lectures for the CBC »).
# 1992 : (fr) Rapprocher les solitudes. Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Québec, Presses de l’Université Laval.
# 1992, 1994 : (fr) Multiculturalisme, différence et démocratie, Paris, Aubier.
# 1992 : (en) Multiculturalism and The Politics of Recognition, Princeton University Press. Multiculturalisme, Flammarion, 1997.
# 1993 : (en) Reconciling the Solitudes: Essays on Canadian Federalism and Nationalism, McGill-Queen’s University Press.
# 1994 : (en) Multiculturalism. Examining the Politics of Recognition, Princeton University Press. (fr) Multiculturalisme. Différence et démocratie, Aubier, Paris.
# 1995 : (en) Philosophical Arguments, Harvard University Press.
# 1998 : (en) Hegel et la société moderne, Le Cerf. Trad. de Hegel and Modern Society, 1979.
# 1998 : « Qu’est-ce que le Soi ? », in Dormir, rêver, mourir, Nil éditions (retranscription de la quatrième conférence Esprit et Vie avec l’actuel Dalaï Lama)
# 1999 : (fr) Les Sources du moi, Montréal, Les Éditions du Boréal
# 1999 : (fr) La Liberté des modernes, Paris, Presses universitaires de France.
# 1999 : (en) A Catholic Modernity, Oxford University Press.
# 2002 : (fr) Le Malaise de la modernité (Grandeur et misère de la modernité), Paris, Le Cerf.
# 2004 : (en) Varieties of Religion Today. William James Revisited, Harvard University Presse (Institute for Human Sciences Vienna Lectures Series).
# 2004 : (en) Modern Social Imaginaries, Duke University Press.
# 2005 : (en) The Ethics of Authenticity, Harvard University Press.
# 2007 : (en) A Secular Age, Belknat Harvard. (Winner of the 2007 Templeton Prize).
# 2010 : (fr) Laïcité et liberté de conscience, avec Jocelyn Maclure, Montréal, Les Éditions du Boréal – Éditions La Découverte pour la France

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