René Schérer

René Schérer (né à Tulle le 25 novembre 1922) est un universitaire et philosophe français. Il est le frère cadet du cinéaste Éric Rohmer.

Ancien élève du Lycée Edmond-Perrier de Tulle et de l’École normale supérieure, René Schérer est professeur émérite à l’université Paris VIII. Il a notamment travaillé sur les philosophies d’Edmund Husserl et de Charles Fourier. Durant ses années d’enseignement au lycée, René Schérer a comme élève le jeune Guy Hocquenghem, avec lequel il entretient une relation amoureuse, et qui devient plus tard son collègue à l’université, collaborant avec lui pour les besoins de plusieurs ouvrages.

Se définissant comme un philosophe libertaire et fouriériste, René Schérer traite dans ses ouvrages de la communication, de la phénoménologie (notamment husserlienne), de l’enfance, de l’utopie et de l’hospitalité.

Ses travaux se rapprochent de ceux de Deleuze et de Foucault, tout en gardant leur singularité. Il participe au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), dont Guy Hocquenghem est l’une des autres figures, et enseigne notamment à l’université de Vincennes de l’après-Mai 68. Il collabore par ailleurs à la revue Chimères créée par Deleuze et Félix Guattari.

La réalisatrice Franssou Prenant lui consacre en 2007 un film documentaire, Le Jeu de l’oie du Professeur Poilibus. En 2008, un colloque est consacré à René Schérer à Bordeaux, ainsi qu’un numéro de la revue philosophique de l’Université Paris VIII. Les rédacteurs des articles de cette revue insistent en particulier sur son rôle d’enseignant, le faisant apparaître comme un éducateur qui, aujourd’hui encore dans son séminaire, sait s’ouvrir à la pensée de l’autre et inciter chacun à penser par soi-même, à « être soi ».

Il a lui-même exposé et commenté l’historique de sa vie et de son oeuvre dans un entretien avec Geoffroy de Lagasnerie : Après tout : entretiens sur une vie intellectuelle, aux éditions Cartouche, en 2009.

René Schérer se distingue par ailleurs dans les années 1970 par des positions favorables à la révision de la législation concernant la sexualité des mineurs, à une époque où l’idée d’une “libération sexuelle” était à l’ordre du jour. Si d’autres intellectuels, de renom, ont pu défendre également cette idée à l’époque, René Schérer est allé jusqu’à s’exprimer en faveur de la pédophilie. En 1971, la rédaction Politique-Hebdo, refuse de publier une interview de Schérer en raison, selon le témoignage du rédacteur en chef adjoint de l’époque Hervé Hamon, de ses « positions pro-pédophiles ».

En 1974, René Schérer publie Émile perverti, ou Des rapports entre l’éducation et la sexualité (le titre faisant référence à Émile, ou De l’éducation, de Jean-Jacques Rousseau), un essai consacré aux rapports entre l’éducation et la sexualité. Selon Schérer, « Il n’y a pas deux sexualités, celle de l’enfant et celle de l’adulte, qui sert de but et de norme, mais une seule, non celle de l’adulte, certes, mais la sexualité prise en un réseau de tensions qui, hors de l’adulte, commence à projeter “l’enfant” et à le constituer ». Il dénonce l’« action infantilisante » de l’école et conteste les conclusions d’auteurs comme Françoise Dolto sur le caractère nocif pour les enfants des relations sexuelles, de l’inceste et de la promiscuité sexuelle avec les adultes. Pour lui, « La première relation pédagogique est commandée par le désir » : dissertant sur la pédérastie des Grecs anciens et sur les rapports avec les mineurs existant chez les Aborigènes d’Australie, il conclut ensuite « Nous posons en principe que la relation pédagogique est essentiellement perverse, non parce qu’elle s’accompagnerait de rapports pédérastiques entre maîtres et élèves, mais précisément parce qu’elle les dénie et les exclut. Et, ayant exclu la pédérastie pour pouvoir se constituer comme telle sous la forme que nous connaissons aujourd’hui, elle ne saurait la réinclure cette fois que sous la forme qu’il est convenu d’appeler une perversion. ». Analysant Le Tour d’écrou de Henry James, René Schérer voit dans l’action de la jeune éducatrice qui, voulant protéger l’enfant des fantômes pervers et supposés pédophiles, entraîne au final sa mort, une métaphore de l’éducation : en conclusion de son ouvrage, Schérer appelle « la secte des instituteurs et des pédagogues » à se faire « attentive aux attractions passionnées des enfants » et à les aider « à satisfaire l’immensité de leurs désirs, en dehors des familles et contre elles ».

En 1976, il dirige avec Guy Hocquenghem le numéro 22 de la revue Recherches, “Co-ire”, qui s’inspire partiellement de ses séminaires de Vincennes consacrés à l’enfance. Roger-Pol Droit considère cette publication comme ayant marqué l’apogée d’un certain type de discours sur la pédophilie et l’éphébophilie. Le Monde écrit à l’époque : « les auteurs ne [cachent] pas que le corps des enfants — sexué, désirant, désirable, ludique — les intéresse. Leur livre n’est pas « à mettre entre toutes les mains » aurait-on dit naguère. On serait bien embarrassé, aujourd’hui, de préciser lesquelles. Celles des parents, peut-être ». A la même époque, René Schérer salue en ces termes le roman Journal d’un innocent, de l’écrivain ouvertement pédophile Tony Duvert : « Persistera-t-on longtemps encore à appeler perversion ce point de lucidité où l’acceptation de l’enfance en soi, notre profondeur, et le désir de l’enfant hors de nous se rejoignent et se complètent ? ».

En 1978, René Schérer publie l’essai Une érotique puérile, qui postule qu’« Une érotique (…) rayonne des enfants, dont l’adulte cherche à se garantir, car il y pressent le plus grand des dangers. Aussi dresse-t-il des barrières là où il faudrait ménager des passages et ouvrir une libre voir à l’essor. ». Pour lui, « une relation non familiale ni pédagogique d’un adulte avec un enfant est, pour l’émergence de la puérilité fondatrice, une condition de possibilité indispensable. Le rôle “pivotal” y est fréquemment joué par le pédéraste qui, toutefois, n’est pas toujours en position de pouvoir le remplir (..) Le pédéraste se targue d’être le seul à entretenir avec l’enfant une amour personnaliste réciproque, ou tout simplement, le seul capable de le former, de lui “apporter beaucoup”. Il se leurre : ce qui importe au contraire est qu’il permette l’explosion de la puérilité affirmative qui provoque le brouillage des rôles, nie copie et modèle, supprime, dans la clarté absolue du simulacre, toute distinction d’âge et de pouvoir entre adulte et enfant ». Selon René Schérer, « L’érotique puérile vient se substituer à “l’affolement frivole” du Sexe, en opposant à l’arbitraire de son ordre fonctionnel fondé sur l’abstraction de tout ce qui porte, complique, enrichit le plaisir, l’éventail chatoyant des combinaisons auxquelles se prête son jeu. Pour peu qu’un adulte vienne le favoriser, l’enfant, petit démon, y étale tout son attirail magique ». Analysant des procès-verbaux datant du XIXe siècle, et portant sur les abus sexuels d’un paysan sur de jeunes enfants et adolescents, Schérer estime que les enfants ont été « piégés » par les accusateurs pour accabler l’accusé, et voit dans cette affaire de moeurs la prémisse de la répression contemporaine. Lui-même, au sujet de cette affaire, écrit « Les roulades dans les chemins creux quand le temps s’y prête, les déculottages pour rire, les tripotages furtifs, et surtout avec un drôle de bonhomme qui change tellement des autres adultes indifférents ou brutaux, quoi, en effet, de plus innocent ? » [23] et estime que dans ces images d’« érotique pastorale », « un petit pâtre en sabots et pantalon de gros cadis de laine, qui pourrait être notre grand-père ou notre arrière grand-père, fait revivre la Grèce de l’anthologie en se prêtant avec complaisance aux caresses d’un soupirant chenu ». Pour lui, avec la condamnation de l’accusé, « le sort qui l’accable entraîne avec lui l’enfance, commune victime du nouveau droit »[25]. En conclusion de son ouvrage, René Schérer prône « une réforme peu coûteuse » de la « ségrégation » que représentent selon lui les articles du code pénal relatifs à la majorité sexuelle, réforme qui « suffirait à lever les obstacles qui s’opposent à la production de multiples rapports harmoniques. (…) Il n’y aurait plus une enfance repliée sur elle-même en présence d’une maturité morne, mais la diversité des combinaisons auxquelles elle seule, dans son invention toujours renaissante, est capable de donner lieu »[26].

René Schérer écrit par ailleurs la même année, dans Libération, « on s’interroge sur la possibilité d’un amour partagé entre un homme et un enfant. C’est que l’on voudrait, au couple insolite, imposer une grille d’une érotique d’adultes, entre personnes cloisonnées. Mensonge, énigme, impossibilité ou crime, l’amour pédophilique devient au contraire toute lumière dès qu’on l’introduit au champ de l’érotique puérile. (…) L’aventure pédophilique vient révéler quelle insupportable confiscation d’être et de sens pratiquent à l’égard de l’enfant les rôles contraints et les pouvoirs conjurés »[27]. Plus tard, au procès du pédophile Jacques Dugué, jugé pour abus sexuels sur mineurs, René Schérer vient témoigner en faveur de l’accusé[28].

En 1982, René Schérer et Gabriel Matzneff, également témoin de la défense dans le procès Dugué, sont mis en cause dans l’affaire du Coral. René Schérer est inculpé pour excitation de mineurs à la débauche[29], sur dénonciation calomnieuse, dont l’auteur sera d’ailleurs condamné. René Schérer est alors, selon les termes de Maxime Foerster qui lui a consacré une étude, soumis à un « lynchage médiatique sans précédent »[30]. Il est finalement mis hors de cause.

Jean-Claude Guillebaud range les écrits de René Schérer dans la catégorie du « militantisme pédophile sentencieux »[31].

Émile perverti est réédité en 2006 : dans la préface de la nouvelle édition, René Schérer reconnaît que « L’illusion d’un eden érotique élargi à l’enfance n’a plus aujourd’hui la faveur du public. Sa cote est à zéro. (…) Naguère doté d’une sexualité polymorphe et perverse, le rejeton encore immature est déclaré tout simplement asexué et innocent.(…) Il ne s’agit plus d’ouvrir les jeunes corps au contact des autres, à la chaleur affective des étreintes, mais de les tenir à distance, de les isoler. » Il ajoute cependant que « L’Histoire procède en zigzag, non par accumulation dialectique. Un fait propre à consoler ceux qui désespèrent »[32].

(source wikipedia)

Vidéo de Schérer à un colloque sur Deleuze et Guattari
“Minorités”

Publications :

* Husserl (avec Arion Lothar Kelkel), Paris : PUF, coll. « Philosophes », 1964.
* Structure et fondement de la communication humaine, Paris : SEDES, 1966.
* La Phénoménologie des « Recherches logiques » de Husserl, Paris : PUF, 1967.
* Charles Fourier ou la Contestation globale, Paris : Seghers, 1970. Réédition Séguier, 1996.
* Philosophies de la communication, S.E.E.S., 1971.
* Charles Fourier, l’ordre subversif (avec Jean Goret), Paris : Aubier, 1972.
* Heidegger ou l’Expérience de la pensée (avec Arion Lothar Kelkel), Paris : Seghers, 1973.
* Émile perverti ou Des rapports entre l’éducation et la sexualité, Laffont, 1974. Réédition Désordres-Laurence Viallet, 2006.
* « Co-Ire : album systématique de l’enfance » (avec Guy Hocquenghem), revue Recherches, no 22, 1976.
* Une érotique puérile, Paris : Galilée, 1978.
* L’Emprise. Des enfants entre nous, Paris : Hachette, 1979.
* L’Âme atomique. Pour une esthétique d’ère nucléaire (avec Guy Hocquenghem), Paris : Albin Michel, 1986.
* Pari sur l’impossible. Études fouriéristes, Saint-Denis : PUV, 1989.
* Zeus hospitalier. Éloge de l’hospitalité, Paris : Armand Colin, 1993. Réédition La Table ronde, 2005).
* Utopies nomades. En attendant 2002, Paris : Séguier, 1998 (rééd. Les Presses du réel, 2009).
* Regards sur Deleuze, Paris : Kimé, 1998.
* Un parcours critique : 1957–2000, Paris : Kimé, 2000.
* L’Écosophie de Charles Fourier, Paris : Economica, 2001.
* Enfantines, Paris : Anthropos, 2002.
* Hospitalités, Paris : Anthropos, 2004.
* Vers une enfance majeure, Paris : La Fabrique, 2006.
* Passages pasoliniens (avec Giorgio Passerone), Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2006.
* Après tout. Entretiens sur une vie intellectuelle (avec Geoffroy de Lagasnerie), Paris : Cartouche, 2007.
* Pour un nouvel anarchisme, Paris, Cartouche, 2008.
* Nourritures anarchistes. L’anarchisme explosé, Paris : Hermann, 2009

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